sexta-feira, 29 de agosto de 2014



"L'amour, chez eux, soumis à des conditions difficiles, veut un lieu de profonde paix. Ainsi que le noble éléphant, qui craint les yeux profanes, la baleine n'aime qu'au désert. Le rendez-vous est vers les pôles, aux anses solitaires du Groënland, aux brouillards de Behring, sans doute aussi dans la mer tiède qu'on a trouvée près du pôle même.
La solitude est grande. C'est un théâtre étrange de mort et de silence pour cette fête de l'ardente vie. 
Un ours blanc, un phoque, un renard-bleu peut-être, témoins respectueux, prudents, observent à distance. Les lustres et girandoles, les miroirs fantastiques, ne manquent pas. Cristaux bleuâtres, pics, aigrettes de glace ébouissante, neiges vierges, ce sont les témoins qui siégent tout autour et regardent.
Ce qui rend cet hymen touchant et grave, c'est qu'il y faut l'expresse volonté. Ils n'ont pas l'arme tyranique du requin, ces attaches qui maîtrisent le plus faible. Au contraire, leurs fourreaux glissants les séparent, les éloignent. Ils se fuient malgré eux, échappent, par ce désespérant obstacle. Dans un si grand accord, on dirait un combat. Des baleiniers prétendent avoir vu ce spectacle unique. Les amants, d'un brûlant transport, par instants, dressés et debout, comme les deux tours de Notre Dame, gémissant de leurs bras trop courts, entreprenaient de s'embrasser. Ils retombaient d'un poids immense... L'ours et l'homme fuyaient épouvantés de leurs soupirs"




Jules Michelet in "La Mer", p. 240-242, 
cité par Antonio Tabucchi 



in "Donna di Porto Pim": "Alto Mare" p. 56, 57




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