segunda-feira, 14 de julho de 2014
"La sensibilité, vecteur de nos affects les plus contradictoires, est un agent de liberté.
Parce qu'elle s'origine dans notre appareil perceptif le plus singulier et nous relie au monde de manière multiple et évolutive, elle échappe sans cesse aux radars sociaux. Les sentiments, eux, dont on sait à quelle hauteur ils peuvent nous porter, souffrent d'être liés à des repprésentations, et en cela sont indissolublement "affectés" par l'époque.
Aujourd'hui, les modes d'emploi du fonctionnement social sont intégrés, les scénarios définis. La sensibilité, elle, s'exerce. Sans exercise elle s'émousse ou se délite. L'art des sens n'est pas une pure réceptivité, elle relève aussi de notre libre arbrite.
La douceur appartient à la sensibilité avant d'innerver ou pas les sentiments. Par le sensible nous sommes affectés, par le sentiment nous sommes éprouvés. Si la douceur este édulcorée jusq'à dissolution de son ambiguïté comme de ses arêtes vives, la puissance dont elle provient et qu'elle actualise en sera à son tour menacée.
"C'est ainsi que vous vous tenez face à moi, dans la douceur, dans la provocation constante, innocente, impénétrable", dit le personnage de L'Homme Atlantique, de Duras. Les mots ne s'enchaînent pas au hasard, la douceur est face à face, provocation, et elle a l'énigme impénétrable de ce que nous appelons l'innocence. La pointe de la douceur, c'est son possible effacement - et c'est précisément ce qui nous effraie. Qu'elle puisse être la plus haute expression de la sensibilité, son intelligence et sa force, et néanmoins à chaque moment disparaître. "
Anne Dufourmantelle in "Puissance de la douceur"
2013, Paris, Éditions Payot & Rivages
p.62, 63 "sentiment et sensibilité"
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